29.12.2009
L'Iran s'enferme dans la répression

Les manifestations contre le régime iranien se multiplient dans les pays occidentaux, comme ici lundi devant l'ambassade iranienne à Londres.
Tandis que la communauté internationale multiplie les déclarations de solidarité avec les manifestants de dimanche, le régime iranien poursuit arrestations et provocations.
Un concert de protestations internationales. Plusieurs responsables occidentaux se sont émus mardi après la répression des manifestations de dimanche en Iran, la plus sanglante depuis celle de juin. Dans un communiqué, l'Elysée «condamne la répression sanglante des manifestations en Iran». «Comme à chaque fois qu'un peuple réclame la liberté et la justice, la France est à ses côtés», ajoute Nicolas Sarkozy dans le texte, qui demande «la libération de tous les opposants emprisonnés et le respect des droits de l'homme».
La veille, le président américain Barack Obama a également condamné la «violente et injuste» répression des manifestations et appelé à la libération des personnes injustement emprisonnées. Le secrétaire britannique des Affaires étrangères, David Miliband, a quant à lui salué le «grand courage» des manifestants et appelé le gouvernement iranien «à respecter les droits de l'homme de ses propres citoyens».
«Un scénario américano-sioniste», pour Ahmadinejad
Fidèle à ses habituels réflexes en pareil cas, le régime iranien a rejeté les «ingérences» occidentales dans ses affaires intérieures. Le président Mahmoud Ahmadinejad a également repris l'antienne du complot international, dénonçant à propos de ces manifestations «un scénario commandé par les sionistes et les Américains». «C'est un spectacle qui fait vomir, a-t-il ajouté, mais aussi bien ceux qui l'ont planifié que ceux qui ont participé à ce spectacle se trompent». Plus tôt dans la journée, l'ambassadeur britannique a été convoqué et le ministre iranien des Affaires étrangères, Manouchehr Mottaki, a menacé la Grande-Bretagne de recevoir «une gifle s'ils ne cessent pas leurs commentaires absurdes».
Pendant ce temps, les arrestations se sont poursuivies en Iran. Le site Rahesabz, principal forum de l'opposition réformatrice, a annoncé sept nouvelles interpellations de journalistes, dont celles de deux dirigeants de l'Association des journalistes iraniens, Mashallah Shamsolvaezine et Badrolsadat Mofidi. Selon le site, la police a aussi arrêté la militante des droits des femmes Mansoureh Shojaie, ainsi que Chapour Kazemi, beau-frère de l'opposant et ancien candidat à la présidentielle Mir Hossein Moussavi.
La sœur de Shirin Ebadi arrêtée
Les entourages des figures de l'opposition sont particulièrement visés depuis lundi par les arrestations et intimidations de tous ordres. Ces leaders sont des «ennemis de Dieu» qui méritent la mort en vertu de la loi islamique, a affirmé l'ayatollah Abbas Vaez Tabasi, summum de la surenchère de menaces plus ou moins voilées proférées à leur encontre. Lundi soir, l'ancien candidat réformateur à la présidentielle Mehdi Karoubi a été attaqué à Téhéran par des inconnus en civil qui ont brisé les vitres de sa voiture, un scénario identique à celui vécu la semaine dernière par Mir Hossein Moussavi.
La prix Nobel de la Paix iranienne Shirin Ebadi a par ailleurs annoncé que sa sœur a été arrêtée. Elle «n'avait aucune activité politique, a protesté la prix Nobel en exil, et son arrestation est une tentative de pression pour que j'arrête mes activités pour la défense des droits de l'homme». Une «pression inacceptable sur cette militante courageuse de la société civile», a dénoncé Bernard Kouchner.
Pour mercredi, les autorités iraniennes appellent à de nouvelles manifestations dans plusieurs villes du pays, «contre ceux qui n'ont pas respecté les valeurs de l'Achoura», allusion à l'opposition qui a profité dimanche de cette journée de deuil religieux chiite pour organiser ses manifestations. La «participation massive» de la population à ces rassemblements va «humilier» ceux qui ont critiqué la répression, promet le président Mahmoud Ahmadinejad.
Source : Le Figaro via Le Lion Ardent
22:46 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
L'Iran cherche à importer de l'uranium
L'Iran cherche à importer 1.350 tonnes d'uranium du Kazakhstan en violation des sanctions du Conseil de sécurité de l'ONU, selon un rapport des services de renseignements.Le prix est élevé en raison de la nature secrète de l'accord et de l'engagement de l'Iran "à garder secrets les éléments fournissant le matériau", selon le résumé du rapport. D'après un responsable du pays qui a rédigé le rapport, les "éléments" font référence à des fonctionnaires du Kazakhstan agissant de leur propre initiative sans avoir l'accord du gouvernement.
Le Conseil de sécurité de l'ONU a imposé trois séries de sanctions à l'Iran en raison de son refus de geler son programme d'enrichissement d'uranium et les activités associées qui pourraient servir à fabriquer des armes nucléaires. Téhéran dément ces accusations.
Hier, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Ramin Mehmanparast, avait déclaré que l’Iran était ouvert à un échange de son uranium faiblement enrichi à l’étranger, mais demandait qu’un tel échange se fasse « par étapes ».
« Si ce principe est accepté par l’autre partie (le groupe des six pays interlocuteurs de Téhéran dans ce dossier, NDLR), nous pouvons discuter des autres détails, notamment le lieu de cet échange. Certains ont évoqué le Japon, le Brésil, la Turquie ou encore l’île de Kish</span> (dans le sud de l’Iran) », a-t-il ajouté. L’enrichissement de l’uranium dont Téhéran dit avoir besoin pour un réacteur de recherche médicale est au centre d’un bras de fer entre l’Iran et les grandes puissances.
Source : Le Figaro via Le Lion Ardent
22:43 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27.12.2009
L'opposition iranienne annonce la mort de 4 manifestants à Téhéran
Selon le site de l'opposition iranienne Rahesabz, quatre personnes auraient été tuées lors d'incidents violents entre forces de l'ordre et manifestants hostiles Mahmoud Ahmadinejad.
Quatre manifestants iraniens de l'opposition ont été tués dimanche 27 décembre à Téhéran, par des "tirs directs de forces militaires", selon le site de l'opposition Rahesabz, qui indique que l'un de ses reporters était sur place pour témoigner. De nouvelles violences ont en effet éclaté dimanche matin à Téhéran, selon plusieurs témoignages concordants de l'AFP. Les manifestants hostiles au président iranien Mahmoud Ahmadinejad se sont heurtés aux forces de police, en marge de la fête religieuse de l'Achoura.
Les rangs grossissaient en fin de matinée
Arrivées par petits groupes, des milliers de personnes se sont subitement retrouvées en plusieurs endroits de l'avenue Enghelab, malgré une massive présence policière sur cet axe, qui traverse d'est en ouest la capitale iranienne. L'avenue avait déjà été le théâtre d'affrontements samedi entre les forces de police et les manifestants, selon les mêmes sources. En dépit du quadrillage du centre par les forces de l'ordre, les rangs des manifestants continuaient à grossir en fin de matinée.
"Nous nous battrons, nous mourrons"
D'après les témoignages, la police est rapidement intervenue, à coups de grenades lacrymogènes et de charges sur les manifestants, qui ont répondu en mettant le feu à des poubelles. On pouvait entendre des slogans tels que : "Nous nous battrons, nous mourrons mais nous reprendrons l'Iran", ou encore, "Mort au dictateur [Mahmoud Ahmadinejad]". Les heurts ont été particulièrement vifs aux abords des places Enghelab et Imam Hossein, distantes de plusieurs kilomètres, sur lesquelles des milliers de personnes avaient réussi à se rassembler avant que les forces de l'ordre ne puissent intervenir.
Contre-manifestation
Contestant la réélection en juin du président Mahmoud Ahmadinejad, l'opposition avait appelé à de nouvelles manifestations dimanche matin dans le centre de Téhéran, en marge des processions de l'Achoura. Cette fête religieuse et journée de deuil national commémore l'imam Hossein, petit-fils du prophète, martyre et figure importante du chiisme, décédé dans une bataille au septième siècle.
Les manifestants ont fini par être dispersés, laissant place à des milliers de partisans du régime, qui ont organisé une contre-manifestation de soutien au guide suprême iranien, l'atyatollah Ali Khamenei. Les journalistes étrangers étaient soumis à une interdiction de couvrir les manifestations de l'opposition.
Source : Nouvel Obs
18:18 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
L'opposition iranienne annonce la mort de 4 manifestants à Téhéran
Selon le site de l'opposition iranienne Rahesabz, quatre personnes auraient été tuées lors d'incidents violents entre forces de l'ordre et manifestants hostiles Mahmoud Ahmadinejad.
Quatre manifestants iraniens de l'opposition ont été tués dimanche 27 décembre à Téhéran, par des "tirs directs de forces militaires", selon le site de l'opposition Rahesabz, qui indique que l'un de ses reporters était sur place pour témoigner. De nouvelles violences ont en effet éclaté dimanche matin à Téhéran, selon plusieurs témoignages concordants de l'AFP. Les manifestants hostiles au président iranien Mahmoud Ahmadinejad se sont heurtés aux forces de police, en marge de la fête religieuse de l'Achoura.
Les rangs grossissaient en fin de matinée
Arrivées par petits groupes, des milliers de personnes se sont subitement retrouvées en plusieurs endroits de l'avenue Enghelab, malgré une massive présence policière sur cet axe, qui traverse d'est en ouest la capitale iranienne. L'avenue avait déjà été le théâtre d'affrontements samedi entre les forces de police et les manifestants, selon les mêmes sources. En dépit du quadrillage du centre par les forces de l'ordre, les rangs des manifestants continuaient à grossir en fin de matinée.
"Nous nous battrons, nous mourrons"
D'après les témoignages, la police est rapidement intervenue, à coups de grenades lacrymogènes et de charges sur les manifestants, qui ont répondu en mettant le feu à des poubelles. On pouvait entendre des slogans tels que : "Nous nous battrons, nous mourrons mais nous reprendrons l'Iran", ou encore, "Mort au dictateur [Mahmoud Ahmadinejad]". Les heurts ont été particulièrement vifs aux abords des places Enghelab et Imam Hossein, distantes de plusieurs kilomètres, sur lesquelles des milliers de personnes avaient réussi à se rassembler avant que les forces de l'ordre ne puissent intervenir.
Contre-manifestation
Contestant la réélection en juin du président Mahmoud Ahmadinejad, l'opposition avait appelé à de nouvelles manifestations dimanche matin dans le centre de Téhéran, en marge des processions de l'Achoura. Cette fête religieuse et journée de deuil national commémore l'imam Hossein, petit-fils du prophète, martyre et figure importante du chiisme, décédé dans une bataille au septième siècle.
Les manifestants ont fini par être dispersés, laissant place à des milliers de partisans du régime, qui ont organisé une contre-manifestation de soutien au guide suprême iranien, l'atyatollah Ali Khamenei. Les journalistes étrangers étaient soumis à une interdiction de couvrir les manifestations de l'opposition.
Source : Nouvel Obs via Lion Ardent
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23.12.2009
Un peuple insoumis
Des dizaines de milliers d'Iraniens se sont retrouvés, hier, à Qom, pour rendre un dernier hommage à l'ayatollah Montazeri, qualifié par certains de « leader spirituel du mouvement vert ». Les funérailles se sont vite transformées en nouvelle manifestation de l'opposition (voir Le Figaro d'aujourd'hui).
Décryptage avec le spécialiste de l'Iran, Christian Bromberger, professeur d'ethnologie à l'Université de Provence, et ancien directeur de l'IFRI (Institut français de recherche en Iran) de 2006 à 2008,
Cela fait maintenant plus de six mois que les Iraniens manifestent contre le gouvernement. C'est une surprise pour tout le monde ?
Le mur de séparation entre espace privé et espace public est tombé. Il fut un temps où les Iraniens se confinaient à l'espace privé pour débattre et exprimer leurs critiques envers le gouvernement. Cette fois-ci, on assiste à une reconquête des espaces communs, y compris dans des villes aussi traditionnelles que Qom, où viennent d'avoir lieu les funérailles de l'ayatollah Montazeri ! Ca veut dire que le mouvement s'est enfoncé jusque dans les lieux profonds du pouvoir et de la révolution islamique. A ce titre, l'ayatollah Montazeri symbolise cette évolution. D'abord nommé comme dauphin de Khomeiny, il tomba en disgrâce à la fin des années 80 pour avoir dénoncé les exécutions d'opposants. Après une retraite forcée, il se mit progressivement à multiplier les critiques contre les turpitudes du régime.
L'ayatollah Montazeri incarnait le courant religieux progressiste. En face de lui, d'autres ayatollahs, comme Mesbah Yazdi - qu'on dit être le mentor d'Ahmadinejad - défendent une vision plus radicale de l'islam. Peut-on parler d'une bataille ouverte entre deux écoles de pensée religieuses ?
Je dirais même trois écoles de pensée. La première, c'est toute cette nébuleuses de clercs qui, comme l'ayatollah Montazeri, sont pour l'assouplissement du velayat-e faghi (ndlr : la souveraineté du guide suprême). C'est une tendance à laquelle s'est ralliée l'ayatollah Rafsandjani, ex-président de la République islamique, qui suggère que le guide soit remplacé par une assemblée collégiale, et qui propose que cette dernière réduise son ingérence dans les affaires politiques. C'est une mouvance de type quiétiste. La deuxième, c'est la mouvance « hodjatieh » qui gravite autour de l'ayatollah Mesbah Yazdi. Il s'agit d'un courant islamiste extrémiste auquel adhère Ahmadinejad et dont l'influence s'est dernièrement renforcée dans les sphères du pouvoir, notamment chez les Gardiens de la révolution et les bassidjis, les miliciens islamistes. En fait, les « hodjatieh » représentent un défi au khomeynisme car ils ne reconnaissent pas le velayat-e faghi. Selon eux, seul l'imam Mehdi (ndlr : le douxième imam chiite, ou imam caché) peut endosser ce rôle suprême, et il faut attendre son retour sur terre pour instaurer la justice. Résultat : l'ayatollah Khamenei -qui incarne la troisième mouvance, plus traditionnelle - se retrouve dans une situation inconfortable. Son pouvoir, qu'il doit au système du velayat-e faghi, est menacé des deux côtés.
Ces tensions n'ont-elles pas toujours existé depuis l'avènement de la République islamique, en 1979 ?
Ces débats ne sont pas nouveaux. Mais jusqu'ici, tout le monde adhérait à une certaine unité de corps. Les discussions étaient confinées à des réunions à huis clos, à des échanges de lettres, à des visites respectives...Mais depuis la contestation du scrutin du 12 juin, cette fameuse « unité de parole » (« vahdat e kalamé ») est brisée. Lors de la répression des émeutes étudiantes de 1999, le président réformiste Mohammad Khatami aurait confié à sa cousine qu'il n'était pas intervenu car il fallait « sauver la République islamique ». Cette fois-ci, il y a une vraie cassure. Et elle est visible. On l'a vu avec les déclarations de Rafsandjani qui, lors d'un prêche à la prière du vendredi, osa dénoncer ouvertement les arrestations. Ou encore avec le boycottage de la cérémonie d'investiture d'Ahmadinejad par certains clercs influents. Jamais les divisions n'ont été aussi transparentes.
Comment voyez-vous l'évolution du mouvement de l'opposition ?
Le cycle me semble engagé, surtout quand on voit avec quel courage tous ces jeunes descendent dans la rue, en faisant face aux coups des bassidjis. Ca peut prendre des années. Mais ça peut également éclater à tout moment. Les occasions ne manquent pas. Samedi, les Iraniens vont manifester à l'occasion des fêtes de l'Ashoura (ndlr : cérémonies chiites marquant le deuil de l'imam Hossein). Ensuite, il y aura le 22 Bahman (l'anniversaire de la révolution, le 11 février)... Un changement semble inéluctable, même s'il y a un risque, aussi, que tout se termine en bain de sang.
Légende photo : De nombreux jeunes et femmes avaient fait le déplacement jusqu'à Qom.
Crédit photo : Arash Ashooniria (cliquer ici pour accéder à son site web).
Source : Le Figaro
01:09 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
04.11.2009
Hossein, l'étudiant iranien qui refuse de se taire

En visite, dimanche, à l'université des sciences humaines de Khajeh Nassir Toussi, l'ex-Ministre de la Culture s'est une nouvelle fois retrouvé sous une pluie de chaussures.
TEMOIGNAGE - Tandis que des manifestations de l'opposition sont attendues mercredi, en marge de la commémoration officielle de la prise d'otages à l'ambassade américaine en 1979 à Téhéran, Hossein (*), un étudiant de 24 ans, témoigne pour «Le Figaro». La vie en Iran vue de l'intérieur.
À franchement parler, la nouvelle ne m'a fait ni chaud ni froid. Elle a pourtant été brutale. «Nous vous signalons qu'à la réception du présent courrier et jusqu'à nouvel ordre, vous êtes interdit d'entrée à l'université», annonce sèchement la lettre, datée du 10 octobre et tamponnée par le conseil disciplinaire de ma faculté. À 24 ans, quel crime ai-je donc commis pour être privé de mon droit d'étudier ? De toute évidence, c'est ma participation aux manifestations postélectorales qu'on veut me faire payer.
Plus de quatre mois se sont écoulés depuis la réélection contestée d'Ahmadinejad, et les coups continuent à tomber. Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, ses deux principaux adversaires, sont dans le collimateur de la justice. Arrêté cet été, le chercheur irano-américain, Kian Tadjbakhsh, vient d'écoper de douze ans de prison. La peine capitale a même été retenue contre trois jeunes manifestants. Au quotidien, la déprime est devenue une compagne encombrante.
Personnellement, je n'en suis plus à un point noir supplémentaire sur mon curriculum vitae, déjà bien entaché. En 2006, un an après la première élection surprise de Mahmoud Ahmadinejad, j'ai déjà été évincé, pour une année entière, des bancs de l'université. Raison invoquée : l'organisation de rassemblements contre le gouvernement. Les temps sont durs, mais je refuse de me taire. Comme ces milliers d'autres Iraniens qui, tous les soirs, montent sur leurs toits, à la nuit tombée pour crier «Allaho akbar !» et «Mort au dictateur !».
Les médias étrangers nous ont malheureusement oubliés. De l'Iran, il n'est désormais question qu'à travers le dossier nucléaire. Si j'étais à la place des négociateurs occidentaux, je ne le dissocierais pas du reste. Je dirais à Téhéran : respectez d'abord les droits de l'homme, et ensuite vous aurez le droit d'enrichir l'uranium. Car le fond du problème, c'est la possession, par un régime totalitaire, de la capacité de fabriquer une bombe. Or, aujourd'hui, le monde entier a oublié les universités iraniennes où, loin des caméras occidentales, la révolte se poursuit.
Dernier exemple en date : cet étudiant qui, sans doute inspiré par le fameux lanceur de chaussures sur George W. Bush, à Bagdad, en 2008, osa jeter, lundi 18 octobre, son soulier à la face de Mohammad Hossein Saffar Harandi, ex-ministre de la Culture du gouvernement d'Ahmadinejad. «Assassin, dehors !», «Mort à toi !», renchérirent les contestataires, en voyant l'homme poursuivre, malgré tout, son discours dans cet amphithéâtre de l'université de Téhéran. Moi qui suis contre la violence, j'avoue avoir plus d'admiration pour cet autre étudiant qui, mercredi dernier, profita d'une rencontre entre Ali Khamenei et les « jeunes élites», pour critiquer verbalement le pouvoir «intouchable » du guide religieux. Inédit, son plaidoyer de vingt minutes fit aussitôt le tour de la blogosphère.
À chaque jour, son nouveau lot de manifestations, improvisées au gré du bouche-à-oreille, des annonces par Textos et des envois d'e-mails. Organisées par petits attroupements spontanés, dans les salles de cours ou dans les couloirs, elles se terminent parfois en mini-accrochages avec les bassidjis, membres de la milice du pouvoir. Les vidéos sont aussitôt postées sur YouTube. Début octobre, le jour de la rentrée, c'est la visite surprise du ministre de la Science, Kamran Daneshdjou, qui a déchaîné les foules. Ici, personne ne porte dans son cœur cet ancien fonctionnaire du ministère de l'Intérieur, accusé d'avoir participé à la fraude électorale lorsqu'il dirigeait le centre des opérations électorales. Le désordre provoqué par son passage inspira, dès le lendemain, d'autres universités. Bien souvent, ce sont les mêmes slogans qui fusent : «Gouvernement de coup d'État, démissionne !», «Les canons, les chars, les bassidjis n'ont plus aucun effet sur nous !», «Mort aux talibans, à Kaboul ou à Téhéran !»… Et contre l'incontournable «Mort à l'Amérique !» des ténors du régime, les étudiants en appellent à la «mort» de la Russie et de la Chine, pays alliés de Téhéran. Les plus courageux continuent même à s'afficher avec des rubans verts, la couleur de l'opposition.
Étouffer la dissidence
Les services de sécurité ont pourtant tout fait pour étouffer les voix dissidentes. Par tous les moyens. Au début de la contestation, les examens de fin d'année, prévus en juin, ont d'abord été annulés. Fin août, la rumeur s'est ensuite mise à courir sur un nouveau report, cette fois-ci pour cause de risque de grippe A. Les épreuves ont finalement eu lieu le 5 septembre. Les cours, eux, ont repris au début du mois d'octobre. Sous haute surveillance. Jugés trop «occidentaux» par Ali Khamenei, le guide suprême, les programmes de sciences humaines sont en cours de révision et d'islamisation. Comme moi, des dizaines d'étudiants ont été remerciés du jour au lendemain. Trois cents pensionnaires du dortoir sont également à la rue, sans motif précis. De quoi rappeler la «révolution culturelle» qui suivit le renversement du chah, en 1979.
Malgré la morosité ambiante, j'ose continuer à rêver d'un changement. Je ne suis pas un rebelle. Je suis contre une intervention étrangère. Mes références, je les pioche sur l'Internet ou dans les livres d'auteurs étrangers traduits en persan : Hannah Arendt, Karl Popper, Huntington, Oriana Fallaci. Le Mahatma Gandhi, dont j'ai dévoré la biographie, est une vraie source d'inspiration. Je suis issu d'une famille assez typique de la classe moyenne. Ma mère est enseignante. Mon père, retraité de la fonction publique, est un ancien révolutionnaire qui manifesta, en 1979, contre le chah. À la maison, nous sommes quatre enfants et nous nous considérons tous comme des musulmans modernes : profondément croyants, mais remontés contre le fanatisme, et animés par l'idée d'une possible transformation interne du système. D'après moi, l'Iran ne pourra évoluer que grâce à une «réfolution» (mélange de réforme et de révolution, selon la formule de Garton Ash, historien de la chute du bloc communiste, NDLR).
La première fois que j'ai voté, c'était pour Mohammad Khatami, en 2001. Quatre ans plus tard, j'ai fait comme beaucoup de mes camarades : j'ai boycotté l'élection, déçu par les réformes, et convaincu qu'il fallait mieux s'abstenir pour porter un coup dur à la légitimité du régime. Avec la victoire d'Ahmadinejad, je m'en suis mordu les doigts : une chape de plomb s'est rapidement abattue sur les associations étudiantes ; un système d'étoiles a été imposé pour étiqueter, puis se débarrasser des plus activistes d'entre nous. Au dernier scrutin, il fallait réagir.
Trahie, humiliée, la rue s'est réveillée
À titre personnel, j'ai voté pour Mehdi Karoubi, parce qu'il défend les minorités et les laïcs. Mais politiquement, c'est pour Mir Hossein Moussavi que je me suis mobilisé, en me portant même candidat au poste d'observateur dans un bureau de vote, le jour de l'élection. C'est ainsi que ce fameux 12 juin, j'ai vu venir la fraude. Comme par hasard, le système de Textos, destiné à faire des rapports réguliers à nos permanences, s'est retrouvé bloqué dès la première heure. Quelle fut ma surprise, également, lorsqu'au moment du dépouillement, le représentant du ministère de l'Intérieur me suggéra de faire reporter les votes de Karoubi sur la liste de Moussavi, et ceux du quatrième candidat, Mohsen Rezaï, sur celle d'Ahmadinejad, en l'absence d'observateurs pour ces deux candidats… Je n'ose imaginer le décompte dans les - nombreuses - urnes où seuls les observateurs d'Ahmadinejad étaient présents.
À dire vrai, je m'attendais à un second tour entre Moussavi et Ahmadinejad. Le premier pouvait compter sur les jeunes et les femmes. Le deuxième, sur les masses populaires. Avec la proclamation de la victoire écrasante de ce dernier, dès le lendemain, le choc fut profond.
Trahie, humiliée, la rue s'est réveillée. Depuis le début de la contestation, j'ai participé à la plupart des manifestations. Parce que c'est mon devoir, aussi, de dénoncer la violence de la répression. Un de mes amis, récemment emprisonné à la prison d'Evin pendant trois mois, a été témoin du pire : la douleur d'un de ses compagnons de cellule, violé par son interrogateur avec un bâton. Un jour, des députés lui rendirent visite. Il leur raconta son histoire. Le soir même, il fut emmené dans un endroit inconnu. Depuis, personne n'a de nouvelles de lui.
Je voudrais revenir sur un événement historique : celui du 25 Khordad (l'équivalent du 15 juin dans le calendrier solaire iranien), jour du plus grand rassemblement populaire de ces trente dernières années. Le matin même, la peur est au rendez-vous. Craignant pour notre sécurité, Zahra Rahnavard, l'épouse de Moussavi, qui a préalablement appelé à manifester, se précipite à l'université pour nous décourager de sortir dans la rue. La veille, le guide suprême a férocement mis en garde les contestataires. Nerveux, nous nous résignons à organiser un sit-in sur le campus. Soudain, nous sommes éblouis par cette vague humaine qui, de l'autre côté des grilles, s'étire à perte de vue sur l'avenue de la Révolution. Émus, nous rejoignons la foule qui se déplace en silence. Combien sommes-nous ? Des milliers. Des millions. Je monte sur un pont : impossible de distinguer le début et la fin de ce cortège spontané. L'Iran dans toute sa diversité défile sous mes yeux.
Jusqu'à ce jour, les étudiants se croyaient isolés dans leur combat démocratique. Aujourd'hui, ils partagent les mêmes aspirations que les femmes, les ouvriers, les patrons d'entreprise, les riches et les pauvres. Impossible d'oublier cette image. C'est le meilleur pied de nez à un régime qui cherche à étouffer la contestation en l'accusant de mener une «révolution de velours» commanditée par l'étranger, parfois avec grande difficulté. Comme lors de ce récent match de football où, dépassée par le trop-plein de couleur verte arborée par les supporteurs, la télévision d'État fut obligée de passer soudainement au noir et blanc.
* Surnom utilisé pour protéger cet étudiant iranien.
Source : Le Lion Ardent
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27.10.2009
Manifestation pour Zamani
04:55 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
25.10.2009
Communiqué de l'Action Française - Aux iraniens : les libertés !
Les tribunaux révolutionnaires iraniens s’inspirant des pratiques et de l’idéologie inventées jadis par la révolution dite Française, condamnent à mort trois jeunes monarchistes opposants au régime de Mahmoud Ahmadinejad. Au nom de l’intérêt des nations et des libertés, l’Action Française, forte du soutien de HOUCHANG NAHAVANDI (ministre iranien sous Mohammad Reza Pahlavi), a décidé de les soutenir. Elle manifestera le 3 novembre 2009 à 19h00 devant l’ambassade d’Iran à Paris.
L’Action Française, dans sa grande tradition de lutte pour les libertés et la monarchie proteste contre la condamnation à la peine capitale de trois militants monarchistes iraniens : Mohammad-Reza Ali-Zamani, 37 ans, Hamed Rouhinejad, 24 ans, et Arash Rahmanpour, 20 ans.
Mohammad-Reza Ali-Zamani a comparu le 8 août dernier devant le tribunal révolutionnaire. Il a été condamné à la peine capitale pour avoir protesté contre l’élection du président de la république islamique d’Iran, Mahmoud Ahmadinejad. Mohammad-Reza Ali-Zamani est maintenant en sursis jusqu’au 4 novembre.
L’Action Française a toujours combattu pour l’intérêt de la Nation. Et c’est au nom de ce nationalisme qu’elle déclare qu’il faut aider les Iraniens à se débarrasser de ce régime. Tant que les tribunaux révolutionnaires, et les milices seront au pouvoir dans ce pays, il n’y aura que le règne de la violence et de l’injustice. Le peuple iranien veut être au cœur de ce changement, et l’Action Française lui apporte son soutien. Pour autant nous ne sommes pas non plus les zélateurs du politiquement correct dicté au monde par les États-Unis qui désignent l’Iran comme le nouveau satan anti-libéral, après avoir, avec la complicité de l’Europe, soutenu la révolution de Khomeny.
C’est au nom de l’amitié entre la France et l’Iran que l’Action Française, forte du soutien de HOUCHANG NAHAVANDI (ministre iranien sous Mohammad Reza Pahlavi), prendra part à la manifestation organisée par le “Collectif pour la libération de Mohammad-Reza Ali-Zamani”. Rendez-vous à tous, le mardi 3 novembre 2009 à 19H00, devant l’ambassade d’Iran à Paris.
Source : Action Française Etudiante

Egalement sur : Lion Ardent
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24.10.2009
Retourner contre les anti-occidentaux leurs propres méthodes
Un lanceur de chaussure défie le régime iranien
A quand les salles de conférence où il faudra laisser ses savates devant la porte d'entrée ?
Inspiré par « l'attentat à la chaussure », fin 2008, contre George W. Bush, en visite à Bagdad, un étudiant iranien a récemment jeté son soulier à la face... d'un ex-Ministre du précédent gouvernement d'Ahmadinejad.
La scène s'est déroulée, ce lundi 19 octobre, dans l'amphithéâtre de la faculté technologique de l'université de Téhéran. Ce jour là, Mohammad Hossein Saffar Harandi s'apprête à prononcer une conférence, organisée - selon les témoins - par le bureau des bassidjis, sur le thème du « Grand malentendu ».
Mais les étudiants, remontés à bloc depuis la répression qui a suivi la réélection d'Ahmadinejad, en juin dernier, lui réservent aussitôt un accueil des plus mitigés ( voir la vidéo ci-dessous). Assis sur les gradins, ils portent symboliquement des rubans verts - la couleur de l'opposition - autour du poignet. « Mort au dictateur ! Mort au dictateur ! », « Menteur ! Menteur ! Où sont tes 63 % ? » (en référence aux résultats contestés du scrutin) se mettent-ils à scander avant d'enchaîner : « Assassin dehors ! ». En plein chaos, une chaussure finie par voler dans la salle ... pour atterrir sur la tribune.
L'ex-Ministre de la culture et de l'orientation islamique a pourtant récemment pris ses distances avec le président iranien. Il a même démissionné de ses fonctions quelques semaines avant la formation du nouveau cabinet. Cependant, aux yeux des jeunes Iraniens, il incarne « l'islamisation » de la culture et le renforcement de la chasse aux intellectuels de ces dernières années.
Lors de son discours, sa lecture des récents événements a vite fait de les irriter. « Pensez-vous que les 24 millions qui ont voté pour Ahmadinejad se sont tous trompé ? », déclare Saffar Harandi, en précisant qu'il se tient prêt à organiser des voyages en province pour faire le bilan du travail accompli par le précédent gouvernement. Là-bas, dit-il, « 90 % des gens ont voté pour Ahmadinejad ».
Selon lui, « il n'y a eu que 40 victimes » lors des récents événements, « dont 10 bassidjis ». « 20 d'entre eux étaient des pauvres innocents qui se sont fait avoir par les insurgés et 10 personnes appartenaient au mouvement vert, mais on ne sait pas qui sont leurs assassins », poursuit-il. « Ne vous laissez pas manipuler, surtout par les Etats-Unis. Ici, on est entre amis, on élève peut-être la voix mais jamais la main ! », insiste-t-il.
Les étudiants, eux, ne peuvent effacer de leur mémoire ce qu'ils ont vu cet été : l'attaque des dortoirs, les arrestations, la mort sous la torture de leurs compagnons... "Ce lancer de chaussure, c'est l'expression de notre ras-le-bol", confie un jeune, contacté à Téhéran.
La scène, qui s'est déroulée à huis clos, est aussitôt relayée sur Internet. Le site de l'opposition mowjcamp et le journal Sarmayeh s'empressent d'en relater les principaux moments. Une vidéo prise sur le vif par un étudiant se propage aussitôt sur la Toile...Pour l'heure, une question reste en suspens : qu'est-il arrivé au « lanceur de chaussure » ? Son « modèle » irakien, Muntadar Al-Zeidi, avait écopé, à l'époque, de neuf mois de prison. On peut imaginer que le même sort lui soit réservé...
source : Le Figaro
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17.10.2009
La fille d'un conseiller d'Ahmadinejad s'exile
La République islamique pensait pouvoir dévorer ses enfants. Ou, tout au moins, les garder sous contrôle. C'était sans compter sur la fougue de millions de jeunes qui sont descendus dans la rue, cet été, pour contester les résultats de l'élection présidentielle du 12 juin dernier. Certains en payent le prix fort, comme la journaliste et blogueuse, Fariba Pajooh (voir l'article du Figaro d'hier), actuellement derrière les barreaux. D'autres ont choisi la route de l'exil, à l'instar d'Ehsan Maleki, dont Nazila Fathi vient de narrer les mésaventures dans le New York Times.
Signe d'un système qui se craquelle de l'intérieur : les filles et fils du clan des ultras du régime, en apparence homogène, commencent, eux aussi, à se rebeller contre le pouvoir en place... Pour preuve : la demande d'asile que vient de faire, en Allemagne, la fille... de Mehdi Kalhor, le conseiller culture-communication de Mahmoud Ahmadinejad. Il fallait oser ! Foulard vert enroulé autour du cou et boucles péroxydées, la jeune Narges Kalhor, 25 ans, a profité de son passage au festival de Nuremberg - où elle présentait un film sur la torture - pour signifier son opposition farouche à la tournure politique que prend son pays (voir ci-dessous, pour les persanophones, son interview postée sur YouTube).
De quoi faire grincer les dents de son père qui, depuis Téhéran, vient de déclarer à l'agence officielle iranienne IRNA qu'il ne savait rien des films de sa fille ou de ses projets de quitter le pays.
On y apprend également qu'il avait divorcé de la mère de Narges, il y a un an, pour «divergence d'opinion» et qu'il reproche à l'opposition d'avoir manipulé sa fille. Pour lui, il s'agit d'un nouvel exemple de la "guerre des médias et de la révolution douce que l'opposition a lancé". De quoi rappeler la voix de son maître, Ahmadinejad en personne qui, il n'y a pas si longtemps, s'est « amusé » à comparer les media à une arme, « pire que les armes de destruction massives », entre les mains des pays occidentaux...
source : Le Lion Ardent
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